SELFIE INTERVIEW

Rencontre avec Yves Jego, initiateur du label Origine France Garantie (OFG)

« Produire français, acheter français quand on le peut, c’est un leitmotiv qu’il ne faut pas lâcher! C’est la fierté de nous-même, c’est l’ouverture au monde ».

Dans le cadre de ma chronique Made in France dans l’émission Midi en France sur France 3, je mets régulièrement en avant des produits ayant obtenu le très sélectif label Origine France Garantie. Il me paraissait donc évident de rencontrer l’initiateur de ce label, l’ancien Ministre Yves Jego, aujourd’hui Député- Maire de Montereau-Fault-Yonne en Seine et Marne.

 

Dernière question. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le programme de ces prochaines Assises du produire en France?

Elles auront probablement lieu à Reims, comme pour la première édition. C’est une ville formidable, une cité d’histoire, de patrimoine et de culture, ainsi qu’un pôle d’innovation technologique. Pour cette deuxième Assise, nous souhaitons continuer à faire briller les entreprises et leurs innovations.

Par exemple, nous avons invité le patron d’Amazon France. Amazon, c’est le grand opérateur qui secoue un peu le monde de la distribution, mais qui fait aussi travailler des milliers de PME françaises en vendant leurs produits. Ce sera intéressant d’avoir son témoignage. Et puis nous ferons quelque chose d’original, qui sera le « grand oral de l’Elysée »!

Le Grand oral de l’Elysée? C’est-à-dire?

Nous serons en septembre 2016, soit un peu plus de 6 mois avant les élections présidentielles, donc en pleine période où les candidatures potentielles seront connues. Nous inviterons donc tous les candidats à venir nous présenter pendant un quart d’heure leurs projets pour le « produire en France ». Ce sera le « grand oral ».

Vous voulez être Président de la République, alors venez devant les chefs d’entreprise, devant les acteurs du « produire en France » nous dire ce que vous voulez faire par rapport à cet objectif. Tout cela pour ancrer cette idée que produire en France, cela doit être une cause nationale, un engagement global, en espérant que cela entraine aussi une mobilisation de la société au-delà des clivages des partis politiques.

Produire français, acheter français quand on le peut, c’est un leitmotiv qu’il ne faut pas lâcher! C’est la fierté de nous-même, c’est l’ouverture au monde et c’est, je crois, l’une des aventures que l’on peut proposer à la nouvelle génération qui est en quête de perspectives. Il y a l’aventure écologique pour sauver la planète, l’aventure humanitaire pour aller tendre la main aux autres, mais il y a également l’aventure du « produire en France » par notre intelligence, notre capacité à aller chercher dans l’histoire nos savoir-faire et à les transformer en valeurs économiques, donc en emplois.

Reims sera donc ce moment un peu particulier, où tout le monde se rencontrera dans un esprit qui sera, je l’espère, de partage et d’apaisement des tensions de la société pour dire: « ça, c’est un objectif commun, portons le ensemble! ».

 

 

Rencontre avec Marie Vallanet-Delhom, Présidente de l’Ecole Van Cleef & Arpels et Nicolas BOS, PDG de Van Cleef & Arpels

photo Van Cleef & Arpels

J’ai eu cette chance en septembre 2015 d’être invitée à un cours de l’Ecole Van Cleef & Arpels, une formation créée il y a maintenant trois ans par la grande Maison de joaillerie française de la Place Vendôme au cœur de Paris

L’objectif est de faire connaître au grand public cet étincelant savoir-faire qu’est la joaillerie. Il ne s’agit pas d’une formation professionnelle! Vous ne deviendrez pas un expert en la matière, pour cela il vous faudrait intégrer des écoles professionnalisantes telles que l’école Boulle ou la prestigieuse BJOP! Mais vous assisterez à une formation prodiguée par des professionnels de renom dans les sublimes locaux de la célèbre Maison.

Le cours auquel j’ai participé avec une dizaine d’autres « élèves », s’intitulait :  » Explorer et créer : du bijou français à la laque japonaise ». Tout un programme! C’est Junichi Hakose, maître laqueur japonais de renommée internationale, qui nous a initiés à cet art ancestral.

La formation s’est déroulée dans une ambiance bon enfant. En quatre heures, nous avons appris à façonner le métal, à le polir, le ciseler, puis à le décorer délicatement à l’aide d’un pinceau mélangé à de la laque URUSHI. Et je ne suis pas peu fière de mes realisations ! Je les ai d’ailleurs “placées” ci-dessous.

Je peux surtout vous assurer qu’après un telle séance, vous ne verrez plus vos bijoux de la même façon. Savez-vous par exemple qu’il ne faut pas moins de 13 corps de métiers différents pour créer un bijou?

Les cours pour adultes sont payants (600 euros), montant non négligeable, mais il faut dire que l’on travaille avec des matières nobles et que l’on repart avec sa création! En revanche, l’école propose des ateliers gratuits pour les enfants de 5 à 16 ans pendant les vacances scolaires. Ces derniers sont animés par une équipe dont les expertises se complètent: une dessinatrice du studio de création Van Cleef & Arpels, une historienne de l’art et une jeune artiste plasticienne. De quoi faire naître des vocations…

Dates des prochains cours pour adultes: les 13 octobre, 17 novembre et 8 décembre en français, les 13 octobre, 24 novembre et 15 décembre en anglais. Pour les enfants: du 19 au 22 octobre et les 16, 21 et 22 décembre.

Ci-dessous également une vidéo où Madame Marie Vallanet-Delhom, présidente de l’ Ecole Van Cleef &Arpels présente la genèse de l’école…

… et où Monsieur Nicolas BOS, PDG de Van Cleef& Arpels, évoque sa rencontre avec le grand maître laqueur japonais Junichi Hakose.

Rencontre avec Serge Nicole, Président d’Atelier d’arts de France et de la Biennale REVELATIONS à l’occasion de la nouvelle édition 2015

 

Pourquoi ce salon est-il si important pour les métiers d’art?

Les Ateliers d’art de France sont très engagés dans la structuration du secteur. Nous avons ainsi créé des événements emblématiques comme MAISONS & OBJET et plus récemment le salon RÉVÉLATIONS, devenu ce rendez-vous phare qui manquait aux métiers d’art. REVELATIONS a eu, dès sa première édition en 2013, un impact médiatique important qui a bénéficié à l’ensemble du secteur, professionnels comme exposants. Il a permis un meilleur accès au marché pour de nombreux créateurs. Nous avons deux missions à travers ce salon : l’accès au marché et développer les ventes. Et au-delà, c’est un lieu de stimulation très fort pour les créateurs. Nos marchés sont lointains, d’où l’importance pour nous des salons internationaux.

REVELATIONS participe également à la valorisation des métiers d’art auprès du grand public et des pouvoirs publics, grâce à sa grande visibilité.

Vous dites que ce salon contribue à modifier l’image des Métiers d’art. C’est-à-dire?

Il contribue à mieux percevoir la réalité. Celle de milliers d’ateliers qui sont de vrais laboratoires de recherche, qui, tous les jours, travaillent à mettre au point des collections avec enthousiasme et énergie, même si toutes ne vont pas conquérir le marché. C’est le principe de l’économie de la création. Eh bien ce travail, il irrigue toute la société, toute l’économie du pays. Il se diffuse partout.

REVELATIONS a permis de faire tomber certaines frontières, certaines idées reçues comme le fait que les métiers d’art appartiendraient au passé. Je rappelle que nous sommes les fondateurs du salon MAISON & OBJETS. Et aujourd’hui peu d’événements neufs sont créés ! Là encore, les professionnels se sont organisés. Nous sommes capables de suffisamment fédérer pour générer de l’investissement pour la profession.

Comment vous expliquez ce manque de reconnaissance en France des métiers d’art contrairement à d’autres pays ?

Les raisons sont multiples! Mais pour faire simple, rappelons qu’il y a 35 an, les objets portant un caractère utilitaire étaient de fait mis à l’écart du champ artistique. Nous avons donc été une profession exclue du secteur de l’art. Ainsi, parce que le bijou est une parure du corps, il n’aurait pas de dimension artistique !

En France le cloisonnement était très fort entre les arts dits majeurs et les arts dits appliqués. REVELATIONS fait tomber cette séparation car elle est en réalité obsolète. La création artistique peut exister dans un bijou comme dans une céramique. Certains textes demeurent obsolètes. De ce fait, les professionnels se sont organisés et ont revendiqué le fait d’être reconnus comme ayant des métiers artistiques.

Nous revendiquons le statut d’artisan créateur. Nous ne sommes pas des exécutants du design. Cela représente la base de notre travail. C’est en cela qu’on existe et qu’on a une dimension internationale! L’image magnifique des artisans français à l’étranger est celle-là, celle de la création. Nous ne sommes pas seulement des personnes qui possèdent un tour de main. Notre combat a été et est de faire percevoir cette dimension artistique. C’est en cela que REVELATIONS est important.

Et cette loi du 18 juin 2014, qui reconnaît la dimension artistique des métiers d’art? Parlez-nous en.

Un élément de fierté nationale, cette affaire-là. Cette loi, qui reconnaît la dimension artistique des métiers d’art par la société française, a suscité l’enthousiasme des professionnels, du public et des médias. Elle a d’ailleurs été votée à l’unanimité de la représentation parlementaire.

Maintenant nous attendons ses décrets d’application et aussi que l’Etat joue son rôle d’encadrement. Il faut ainsi établir des règlementations fiscales, sociales et juridiques qui correspondent à nos activités artistiques. Aujourd’hui, il n’y a pas de cohérence. Pour vous donner un exemple, les taux de TVA diffèrent en fonction des statuts, selon que vous êtes artisans d’art ou artiste auteur. Et sans règles homogènes, nous ne pourrons pas nous développer.

Cette année, vous rendez hommage aux artistes coréens…

Il y a une dignité, une délicatesse infinie dans leur travail. Les Coréens ont un immense respect de la tradition et sont très attachés à la culture. C’est d’ailleurs le cas dans de nombreux pays d’Asie. Ce peut être dans certains domaines un frein à la création car il existe des interdits scrupuleusement respectés. Par exemple, l’ébéniste ne doit travailler qu’avec telle essence de bois. Mais cette attention à la culture et à la tradition est immensément agréable. Comme chez nous, on ressent un attachement au savoir-faire de qualité ainsi que du respect pour les maîtres.

Vous savez, à l’étranger, les créateurs français sont perçus comme innovants. Il y a quelques mois, j’ai emmené avec moi 43 artisans d’art à Shanghai et, dans leur discours d’accueil, les Chinois ont vanté la place de l’innovation dans la créativité en France. Ils ont ajouté qu’ils n’arriveraient à se développer partout dans le monde que lorsqu’ils atteindraient notre niveau dans ce domaine. Dans les enquêtes internationales classant les pays du monde en fonction des différents secteurs d’activités, la France se situe à la première place pour la mode, le design et les métiers d’art! La preuve que ces métiers sont un outil de développement économique et le salon Révélations permet de percevoir cette réalité.