Le luxe à la française les Hauts-de-France Mode

Chez Noyon à Calais, l’art de la dentelle conjugue tradition et innovation

Made in France

Difficile d’imaginer la lingerie féminine sans la dentelle et vice-versa, n’est-ce pas? D’ailleurs 80% de la production française de ce tissu est destinée à la lingerie de luxe. Et s’il y a en France une ville renommée internationalement pour son savoir-faire en dentelle de lingerie-corseterie, c’est bien sûr Calais !

Tout simplement parce que les entreprises locales, bénéficiant de la proximité de l’Angleterre, ont été les premières à utiliser, dès la fin des guerres napoléoniennes, les métiers à tisser Leavers inventés Outre-Manche. Ces machines, disposant du système de cartes perforées créé par Jacquard, ont révolutionné la fabrication de la dentelle en obtenant des produits très proches de ceux travaillés à la main.

Cependant, deux siècles après Waterloo, ils ne sont plus que quelques établissements calaisiens à porter la tradition des dentelles Leavers. Parmi eux, l’entreprise familiale Noyon, créée en 1919, est devenue le premier fabricant au monde de ce tissu d’exception réputé pour sa finesse, la richesse de ses fonds et la variété de ses motifs – un chiffre d’affaires de 16,5 millions d’euros en 2014, dont 70% à l’export dans plus de 50 pays – grâce à un parc exceptionnel d’une soixantaine de métiers.

Ces « monstres » en fonte produisant 8000 mouvements à l’heure qui entrelacent 15 000 fils différents pour la fabrication de « racks » de 2 mètres de long sur 6 de large, sont actionnés par des artisans d’une quinzaine de spécialités. Les quelques 200 dentelliers aux qualifications parfois aussi étranges qu’ourdisseurs-wappeurs et wheeleurs pour le remplissage des bobines et que clippeurs et écailleuses pour la finition ont des savoir-faire incomparables. Pensez qu’il faut cinq ans pour former un tulliste sur Leavers !

Mais pour conquérir de nouveaux marchés, il faut, selon Olivier Noyon PDG du groupe familial depuis 1998, ne pas se figer dans la tradition et se montrer créatif et innovant. Le tissage dispose d’un studio de création où 15 esquisseurs et dessinateurs offrent chaque année plus de 300 nouveautés et 1000 coloris. Des programmes informatiques ont remplacé les cartons Jacquard. Depuis 1980, Noyon introduit dans la dentelle de nouvelles matières comme l’élasthanne et d’autres microfibres, qui permettent de diversifier la production vers le sportwear et la décoration tout en affinant les articles destinés à la lingerie et à la mode.

Le marché de la lingerie haut de gamme reste cependant en souffrance du fait d’une baisse tendancielle de la consommation et de la concurrence asiatique. Aussi, suite à une année 2015 difficile – un décrochement de 6% du chiffre d’affaires- , la société Noyon n’arrivait plus à assumer ses charges et elle a été placée en redressement judiciaire en septembre 2016.

Puisse ce bel établissement classé Entreprise du Patrimoine Vivant, dont nous avons présenté le savoir-faire exceptionnel lors du passage de Midi en France à Lens en décembre 2015, trouver rapidement un repreneur, dont une possible coopérative ouvrière (SCOP), capable de relancer l’activité avec la même volonté de conjuguer tradition et innovation et avec un minimum de conséquences pour l’emploi.

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1 commentaire

  • Répondre Fiona 15 février 2017 at 02:57

    La dentelle est omniprésente dans toute l’industrie de vêtement, de prêt-à-porter aux création du luxe

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