Categorie

Avec Serge Nicole, Président d’Atelier d’arts de France

Avec Serge Nicole, Président d’Atelier d’arts de France

Rencontre avec Serge Nicole, Président d’Atelier d’arts de France et de la Biennale REVELATIONS à l’occasion de la nouvelle édition 2015

Pourquoi ce salon est-il si important pour les métiers d’art?

Les Ateliers d’art de France sont très engagés dans la structuration du secteur. Nous avons ainsi créé des événements emblématiques comme MAISONS & OBJET et plus récemment le salon RÉVÉLATIONS, devenu ce rendez-vous phare qui manquait aux métiers d’art. REVELATIONS a eu, dès sa première édition en 2013, un impact médiatique important qui a bénéficié à l’ensemble du secteur, professionnels comme exposants. Il a permis un meilleur accès au marché pour de nombreux créateurs. Nous avons deux missions à travers ce salon : l’accès au marché et développer les ventes. Et au-delà, c’est un lieu de stimulation très fort pour les créateurs. Nos marchés sont lointains, d’où l’importance pour nous des salons internationaux.

REVELATIONS participe également à la valorisation des métiers d’art auprès du grand public et des pouvoirs publics, grâce à sa grande visibilité.

Vous dites que ce salon contribue à modifier l’image des Métiers d’art. C’est-à-dire?

Il contribue à mieux percevoir la réalité. Celle de milliers d’ateliers qui sont de vrais laboratoires de recherche, qui, tous les jours, travaillent à mettre au point des collections avec enthousiasme et énergie, même si toutes ne vont pas conquérir le marché. C’est le principe de l’économie de la création. Eh bien ce travail, il irrigue toute la société, toute l’économie du pays. Il se diffuse partout.

REVELATIONS a permis de faire tomber certaines frontières, certaines idées reçues comme le fait que les métiers d’art appartiendraient au passé. Je rappelle que nous sommes les fondateurs du salon MAISON & OBJETS. Et aujourd’hui peu d’événements neufs sont créés ! Là encore, les professionnels se sont organisés. Nous sommes capables de suffisamment fédérer pour générer de l’investissement pour la profession.

Comment vous expliquez ce manque de reconnaissance en France des métiers d’art contrairement à d’autres pays ?

Les raisons sont multiples! Mais pour faire simple, rappelons qu’il y a 35 an, les objets portant un caractère utilitaire étaient de fait mis à l’écart du champ artistique. Nous avons donc été une profession exclue du secteur de l’art. Ainsi, parce que le bijou est une parure du corps, il n’aurait pas de dimension artistique !

En France le cloisonnement était très fort entre les arts dits majeurs et les arts dits appliqués. REVELATIONS fait tomber cette séparation car elle est en réalité obsolète. La création artistique peut exister dans un bijou comme dans une céramique. Certains textes demeurent obsolètes. De ce fait, les professionnels se sont organisés et ont revendiqué le fait d’être reconnus comme ayant des métiers artistiques.

Nous revendiquons le statut d’artisan créateur. Nous ne sommes pas des exécutants du design. Cela représente la base de notre travail. C’est en cela qu’on existe et qu’on a une dimension internationale! L’image magnifique des artisans français à l’étranger est celle-là, celle de la création. Nous ne sommes pas seulement des personnes qui possèdent un tour de main. Notre combat a été et est de faire percevoir cette dimension artistique. C’est en cela que REVELATIONS est important.

Et cette loi du 18 juin 2014, qui reconnaît la dimension artistique des métiers d’art? Parlez-nous en.

Un élément de fierté nationale, cette affaire-là. Cette loi, qui reconnaît la dimension artistique des métiers d’art par la société française, a suscité l’enthousiasme des professionnels, du public et des médias. Elle a d’ailleurs été votée à l’unanimité de la représentation parlementaire.

Maintenant nous attendons ses décrets d’application et aussi que l’Etat joue son rôle d’encadrement. Il faut ainsi établir des règlementations fiscales, sociales et juridiques qui correspondent à nos activités artistiques. Aujourd’hui, il n’y a pas de cohérence. Pour vous donner un exemple, les taux de TVA diffèrent en fonction des statuts, selon que vous êtes artisans d’art ou artiste auteur. Et sans règles homogènes, nous ne pourrons pas nous développer.

Cette année, vous rendez hommage aux artistes coréens…

Il y a une dignité, une délicatesse infinie dans leur travail. Les Coréens ont un immense respect de la tradition et sont très attachés à la culture. C’est d’ailleurs le cas dans de nombreux pays d’Asie. Ce peut être dans certains domaines un frein à la création car il existe des interdits scrupuleusement respectés. Par exemple, l’ébéniste ne doit travailler qu’avec telle essence de bois. Mais cette attention à la culture et à la tradition est immensément agréable. Comme chez nous, on ressent un attachement au savoir-faire de qualité ainsi que du respect pour les maîtres.

Vous savez, à l’étranger, les créateurs français sont perçus comme innovants. Il y a quelques mois, j’ai emmené avec moi 43 artisans d’art à Shanghai et, dans leur discours d’accueil, les Chinois ont vanté la place de l’innovation dans la créativité en France. Ils ont ajouté qu’ils n’arriveraient à se développer partout dans le monde que lorsqu’ils atteindraient notre niveau dans ce domaine. Dans les enquêtes internationales classant les pays du monde en fonction des différents secteurs d’activités, la France se situe à la première place pour la mode, le design et les métiers d’art! La preuve que ces métiers sont un outil de développement économique et le salon Révélations permet de percevoir cette réalité.