Categorie

Poitou-Charentes

Artisans d'art Décoration Poitou-Charentes

Le fabuleux destin de Sylvie Deschamps, brodeuse d’or à Rochefort

Commençons, une fois n’est pas coutume, par un quiz. En quelle année a été nommée la première préfète? 1981. Quel est leur nombre en 2015? Une cinquantaine. Quelle est leur coiffure de cérémonie ? Un tricorne orné de broderies d’or. Qui réalise ces broderies? L’Atelier du Bégonia d’Or de Sylvie Deschamps à Rochefort en Charente Maritime.

Un savoir-faire devenu fort rare, qui perpétue une technique ancestrale venue d’Orient vers le 9ème siècle. Sylvie m’a fait découvrir sa beauté mais aussi sa complexité car le fil d’or, la cannetille, n’est pas un fil classique. Il est enroulé en spirale tel un ressort, que la brodeuse découpe en tronçons de quelques millimètres avant de les enfiler comme des perles. Elle aura auparavant « imprimé » le patron du motif sur le tissu en marquant d’une fine poudre noire tous les trous à percer. Un travail « de fourmi » à la précision chirurgicale, où talent rime avec patience.

La passion de Sylvie pour la broderie d’or naît dès qu’elle découvre cette technique au lycée Jamain de Rochefort, ville où la tradition du fil d’or remonte à la création de l’arsenal par Louis XIV et Colbert. C’est un vrai coup de foudre et la suite s’apparente à un conte de fées. Après avoir complété sa formation pendant 6 ans dans une grande maison de passementerie à Lyon, Sylvie retourne à Rochefort pour fonder son atelier. Elle s’y forge une réputation d’excellence, qui lui vaut de recevoir en 2010, à moins de quarante ans, le titre de Maître d’Art décerné par le Ministère de la Culture.

Les activités de l’atelier ne se limitent évidemment pas aux broderies des couvre-chefs des plus hautes représentantes de l’Etat, ni d’ailleurs à celles d’autres tenues liturgiques et militaires. Le Bégonia d’Or est devenu fournisseur attitré de grands couturiers, designers et marques de luxe, ainsi qu’une référence pour la restauration d’art, comme celle, en cours lors de notre rencontre, d’un somptueux fauteuil de style Napoléon III.

Mais ce qui tient le plus à cœur à Sylvie est la transmission d’un savoir-faire, dont son atelier reste l’un des seuls dépositaires. Elle accueille ainsi les élèves stagiaires du lycée Jamain, unique lieu de formation en France pour la broderie d’or. Un juste retour des choses, me direz-vous mais pas seulement. Quelle chance pour le Made in France de disposer d’un artisan d’art aussi engagé dans la sauvegarde de nos filières d’exception et surtout quel fabuleux destin pour Sylvie Deschamps !